Tue 25 Apr
On dit que tout à vient à point à qui sait attendre, mais je n’aurais pas cru que cela viendrait si vite. Ce matin, en arrivant au boulot, Bill était au téléphone avec Alan Silvestri dont il est l’orchestrateur officiel (comme je le précisais dans ce billet). Alan est particulièrement connu pour sa collaboration avec Robert Zemeckis : il a composé la musique de tous ses films, ce qui inclut la trilogie Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Forrest Gump ou encore Contact.
Une fois raccroché, il vient me voir et me dit : “Si je te proposais de transcrire mes orchestrations quotidiennes pour Alan sous Sibelius, ça t’intéresserait ? Cela ferait partie de ton travail ici, et tu serais bien sûr crédité en tant que tel.” Un peu, mon neveu !
La raison pour laquelle il préfère me poser la question directement est que ses deux précédents assistants lui avaient répondu (en gros) : “Ça ne fait pas partie de mon boulot d’assistant technique, donc si je le fais je dois me faire payer en conséquence.” Il est bien évident que ce genre de comportement n’est pas trop apprécié dans le milieu – ce qui explique sans doute pourquoi ils ne travaillent plus pour lui. Si j’avais sorti ça à John lorsqu’il m’a proposé d’orchestrer Stay Alive et First Born, j’aurais été mis direct sur la liste noire des mecs qui pètent plus haut que leur cul (vous me passerez l’expression).
Je trouve assez dingue que des gens qui travaillent pour un mec comme Bill puissent répondre un truc pareil. Certaines personnes ne se rendent tout simplement pas compte de la chance qu’elles ont de bosser pour quelqu’un qui ne vous demande pas plus de sept heures de travail par jour, qui ne vous force pas à travailler le week-end, qui vous donne une pause déjeuner, et qui, par dessus tout ça, rémunère bien au dessus du taux horaire habituel.
Dès demain, Bill commence l’orchestration d’un composition d’Alan pour le parc Disneyland à Orlando (en Floride) : 15-20 minutes de musique d’ambiance pour une attraction. Ensuite commence un autre projet encore plus intéressant : le prochain film de Robert Zemeckis, Beowulf (non, il ne s’agit pas du film avec Christophe Lambert), dont la distribution aurait put être pire : Anthony Hopkins, Angelina Jolie, John Malkovich et Robin Wright-Penn.
Je suis vraiment excité à l’idée de travailler sur ces projets pour trois raisons. D’abord, car je respecte énormément Alan Silvestri : il fait partie des dix plus importants compositeurs à Hollywood, et il est très certainement responsable, avec John Williams et quelques autres, de ma passion pour la musique de film. Ensuite, car cela va me permettre de participer au processus d’orchestration. Même si je ne serai sans doute pas amené à “écrire” quoi que ce soit, je serai directement impliqué au jour le jour, ce qui sera sans doute une très bonne experience. Enfin, car après avoir fait mes preuves comme copiste, arrivera le moment de faire mes preuves comme orchestrateur. Puis comme chef d’orchestre. Puis comme compositeur.
Car ce n’est pas en refusant des jobs qu’on avance. Cela s’appelle avoir de la suite dans les idées. Ou de l’ambition, au choix.