Comme prévu, j’ai commencé mon boulot à temps plein lundi dernier. Et alors là, mes amis, il faut que je vous dise : c’est le panard total. Bill et moi sommes exactement sur la même longueur d’onde, que ce soit en ce qui concerne les goûts musicaux, les principes, ou les centres d’intérêts. Dans le désordre, cela donne…

  1. John Williams : la principale raison pour laquelle Bill est entré dans le milieu de la musique de film. C’était – et c’est toujours – un très grand fan. Travailler avec lui (sur Harry Potter 2) a donc bien sûr été le clou de sa carrière.
  2. Les partitions : Il les collectionne. En dehors de ses propres projets (orchestrations, arrangements, compositions), il en possède un très grand nombre, dont certaines introuvables. Le score complet – manuscrit – de Harry Potter, les sketches de John Williams pour Superman, une suite pour orchestre de Star Wars datant de 1979…
  3. Le perfectionnisme : chose relativement rare à Hollywood, où le respect des délais prône souvent sur la qualité du produit. Nous sommes tous les deux du genre à toujours mettre le maximum, et à ne pas nous arrêter avant d’avoir pu faire le meilleur possible. En gros, là où beaucoup s’arrêtent lorsqu’ils sont a peu près satisfait (le genre, “ça devrait suffire”), nous ne nous reposons pas avant d’avoir atteint la meilleure qualité possible (dans la limite du contexte, évidemment). Cela se voit aussi dans le choix du matériel : pas de demi-mesure, seul le top du top à sa place dans le studio (voir les photos plus bas). Quitte à dépenser, autant dépenser bien !
  4. L’organisation : dans la vraie vie, un minimum d’organisation est nécessaire, et c’est pareil dans le domaine “virtuel”. Avoir un bureau propre, nommer correctement les fichiers sur lesquels on travaille, définir une arborescence claire, catégoriser l’utilisation de tel ou tel disque dur… Croyez-le ou non, ce n’est pas monnaie courante !
  5. La musique, de manière générale : ses crédits le démontrent, Bill ne se limite pas à un seul genre de musique. En dehors de son travail dans le monde du cinéma, il a également arrangé pour Céline Dion, Barbra Streisand, Kenny G et Babyface. Ses capacités vont de l’orchestre de 100 musiciens à la musique 100% électronique, en passant par la pop ou la soul.

En gros, je suis tombé sur le “patron” qui me correspond.

En ce moment, c’est plutôt la période creuse. Il faisait partie des deux “finalistes” du processus de sélection du compositeur sur le prochain film d’Adam Sandler, Click, mais c’est finalement Rupert Gregson-Williams qui l’a emporté (à noter que plus d’une dizaine de “gros” compositeurs étaient en lice au départ). On profite donc du temps libre pour ré-organiser un peu son studio, parce que ses trois précédents assistants n’étaient pas vraiment très méticuleux : après plusieurs mois de gestion douteuse, Bill se retrouve avec des milliers de fichiers éparpillés entre 5 ordinateurs, triés (et nommés) de manière très aléatoire.

L’autre partie du job est orientée technique, et, considérant la taille et la complexité de son studio, ce n’est pas une mince affaire. Il m’a bien fallut quelques heures pour tout prendre en main, et pour le conseiller sur une éventuelle direction à suivre afin d’améliorer le tout (de “streamliner”, pourrait-on dire… mozafok!). C’est vraiment le pied car je suis dans la cours des grands : les possibilités sont presque illimitée, vu que le budget est assez large. En gros, si l’achat d’un Quad où, par exemple, d’un serveur Raid, se justifie, l’argent suivra :)

En dehors de cela, il faut bien sûr parler des conditions de travail. En termes d’horaires, je suis assez libre : je dois arriver avant 10h le matin, et je peux techniquement partir dès 17h (en réalité, je pars de mon plein chef vers 17h30 ou 18h, car je ne supporte pas laisser un projet en plein milieu). Je prends aussi une pause déjeuner de 30 minutes. En conclusion, je travaille environ 7 heures par jour. Sympa, la vie à la française ! Un vrai fonctionnaire… :D Plus sérieusement, le vrai défi consiste à conserver une attitude pro-active. Il y a toujours des trucs à faire dans le studio, et comme Bill n’est pas du genre à donner des ordres, c’est à moi de définir les priorités lorsqu’il n’a pas besoin de moi sur un projet précis.

Son studio est très agréable : grand, aéré, silencieux. Tout à une place, il y a des tiroirs (qui glissent bien), des placards et des rangements partout, les meubles sont bien dessinés, accessibles. Les espaces de travail sont grands, les éclairages ne fatiguent pas les yeux et les chaises sont confortables. Les écrans sont larges, les enceintes déchirent, les ordinateurs sont rapides. Les câbles passent par des plaintes, derrière les placards, ou par le faux-plancher. Tout est masqué, c’est sobre, clean.

Ça tue.

Et pour finir, voici quelques photos ! D’abord, la pièce principale du studio. On peut y voir la table de mixage ProControl, le système audio 5.1., la toile suspendue par un carter, et, au fond, ma station de travail.

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La photo suivante montre une partie des disques d’or, de platine, et multi-platine auxquels il a participé en tant qu’arrangeur.

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Ci-dessous, un gros plan du groupe d’effets (reverb, equalizeur…) de la table de mixage…

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Et enfin, un gros plan de ma station de travail !

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Voici maintenant la pièce où Bill compose. Elle est constitué d’un système audio 2.1, d’un téléviseur HD de taille honnête (dirons-nous…), d’une mini-station de mixage (également une Pro Control), et bien sûr d’un G5 avec bi-écran qui fait tourner son séquenceur, Logic Pro. Il y a aussi un quatrième écran, partagé par un switch, pour les quatre PC sous GigaStudio (un sampleur virtuel), un contrôleur midi, et un piano acoustique (j’aime beaucoup d’ailleurs la planche de travail). En regardant bien sur la deuxième image, vous pourrez distinguer à droite et à gauche du téléviseur plusieurs portes, qui donnent directement accès aux différents ordinateurs. La face intérieure des portes est molletonnée avec du revêtement anti-bruit.

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Comme je le précise plus haut, pour éviter le bruit, les ordinateurs et les sampleurs sont tous stockés dans une salle technique, située juste derrière le téléviseur. C’est un peu là que la magie s’opère. Mis à part les G5 de rigueur, on y trouve aussi cinq PCs sous Windows (pour GigaStudio), les unités ProTools HD, des synchroniseurs (pour l’image), des blocs de reverberation, divers sampleurs, etc.

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Pour terminer, je tenais à partager cette petite merveille (à mes yeux, en tout cas) : la première page d’une des cue du film Forrest Gump, orchestrée par Bill. La page est signée par Alan Silvestri (un de mes compositeurs préférés). Lorsque l’on voit le sketch d’origine, écrit par Alan, et le résultat final après orchestration par Bill, on se rend compte de l’immensité d’un tel travail.

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