Coucou à tous !
Vous avez dû vous en rendre compte, j’ai été assez silencieux ces quatre derniers mois (depuis juillet en fait !). Mis à part mes deux courts billets après l’élection présidentielle, il n’y a pas eu grand chose à se mettre sous la dent ! Heureusement que Perrine s’en est un peu occupé… en fait, Bill vient de terminer ce qu’il considère comme étant le plus gros projet de sa carrière : la musique du film The Tale of Despereaux !
The Tale of Despereaux (”La légende de Despereaux” en français) est le premier film d’animation en images de synthèse des studios Universal. C’est une adaptation du livre du même nom écrit par Kate DiCamillo, qui a eu beaucoup de succès aux États-Unis. Pour résumer très brièvement, c’est l’histoire d’une souris un peu marginale (Despereaux) qui préfère lire des livres plutôt que de les manger et qui rêve de devenir un jour un preux chevalier. Le casting américain est assez impressionnant puisque les voix sont de Matthew Broderick, Dustin Hoffman, Sigourney Weaver, Kevin Kline, Emma Watson, Christopher Lloyd et William H. Macy.
C’est aussi le premier film d’animation du scénariste-réalisateur-producteur Gary Ross, à qui l’on doit Pleasantville et Seabiscuit. Bill avait déjà travaillé pour lui sur un de ses films et avait alors largement fait ses preuves; c’est donc assez logiquement que le job lui a été offert. Il faut noter cependant que, comme très souvent dans le monde de l’animation, le film a pris beaucoup de temps pour se faire, et cela fait donc plus d’un an et demi que l’on attendait de pouvoir commencer à travailler sur la musique…
Gary est un personnage assez spécial, une sorte de génie un peu cinglé, qui a des millions d’idées, qui hésite pendant des mois, et qui finit par aller dans une direction complètement opposée (généralement pour le mieux !). C’est un maniaque du détail qui aime bien essayer plein de choses différentes, avoir plusieurs versions d’une cue pour être sûr que son choix final est le bon. Comme vous pouvez vous en douter, cela complique considérablement les choses pour nous puisqu’on a eu à écrire deux ou trois fois plus de musique. Pour certaines scènes, on a présenté pas moins de sept versions avant d’avoir le feu vert ! Dans beaucoup de cas, Bill s’est même retrouvé, le jour de l’enregistrement, à devoir ré-écrire des cues approuvées depuis plusieurs semaines.
Heureusement, tout avait été planifié de notre côté pour parer à ce genre d’éventualité, et nous avions donc prévus 5 jours d’enregistrement très espacés dans le temps : deux jours début octobre, deux jours fin octobre, et une journée début novembre. (Nous avons tout de même dû rajouter une session supplémentaire à la mi-novembre).
Ceci dit, nous étions dans un environnement qui nécessitait d’être très flexibles pour pouvoir parer aux changements constants, tant au niveau artistique (Gary pouvant nous demander tout et son contraire) qu’au niveau film. Car dans le monde de l’animation, le film n’est jamais vraiment définitif tant qu’il n’est pas sorti; pour donner une idée, entre juillet et novembre, nous avons dû recevoir une dizaine de montages différents (pour lesquels il fallait à chaque fois recaller toute la musique déjà composée). Trois jours avant la dernière session d’enregistrement, nous recevions toujours de nouveaux montages !
Dès le départ, il était question que Bill écrive un score à la John Williams, dans le genre de la musique des films Harry Potter. En soi, c’est plutôt une bonne chose (quoi de mieux que de prendre le Maître comme référence ?), mais ce genre de musique est aussi beaucoup plus difficile à écrire, et implique une production et une coordination bien plus complexe. L’orchestre lui-même était composé de plus de 90 musiciens, et il a aussi fallu organiser des sessions séparées pour le chœur, pour les percussions et pour les instruments spécifiques (lutes, mandolines, dulcimer, instruments ethniques, flutes à bec, accordéons, etc.)
Pas étonnant donc que j’ai travaillé 7 jours sur 7 pendant plus de quatre mois, sans interruption (mis à part mon court voyage à Paris à la fin août). Je dois avouer que nous étions bien lessivés à la fin, surtout que cela n’en finissait plus : au début du projet nous étions censés avoir tout terminé début octobre ! Les changements incessants ont eu raison de nous
The Tale of Despereaux sort aux États-Unis le 17 décembre, et le 11 février 2009 en France. De ce qu’on a pu en voir, le film a l’air pas mal du tout, est très réussi visuellement, et la musique est géniale ! … d’ailleurs l’album de la bande originale sort en décembre
De mon côté, en dehors de mon boulot habituel de coordinateur, j’ai pu orchestrer et arranger quelque cues, et composer environ 50 secondes de musique
Perrine et moi allons à la première mondiale samedi 7 décembre : je pourrais alors vous dire si le film tient ses promesses !